Après les Béatitudes, qui en sont l'introduction, le Sermon sur la montagne se poursuit pendant trois longs chapitres où Matthieu a groupé six antithèses entre la Loi de Moïse ("il a été dit jadis"), et la Loi de Jésus ("Eh bien, moi, je vous dis aujourd'hui..."). Nous lisons aujourd’hui les quatre premières, précédées d'une sorte de prologue qui en donne l'orientation générale. «Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes: je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.» Jésus n'est ni un révolutionnaire qui veut tout changer, pour repartir à zéro, ni un conservateur qui ne veut rien changer, comme si le passé était parfait en tout.
Il ne faut pas oublier que l'évangile de Matthieu s'adressait à des communautés chrétiennes venues du Judaïsme où la question de l’évolution et des changements était très présente.
Que fallait-il conserver des anciennes coutumes et des lois de Moïse? Fallait-il continuer à circoncire les nouveaux chrétiens, puisque, maintenant, il y avait le baptême? Fallait-il célébrer le sabbat puisqu’on avait le dimanche? Fallait-il respecter les restrictions de l'alimentation casher?, etc.
Le problème du changement, de l’évolution, de l’adaptation aux temps modernes, reste l'une des questions les plus épineuses de tous les temps. Elle provoque d’innombrables conflits entre ceux de la droite et ceux de la gauche, entre anciens et modernes, traditionalistes et progressistes, tenants du statut quo et adeptes du changement. Dans les périodes de mutation rapide, les conflits se multiplient. Cette tension se retrouve dans tous les secteurs de la population : en Église, en politique, en éducation, en famille.
Pour Jésus, il n'est pas question d'abolir complètement le passé, ni de le conserver tel qu’il est. Dans une sorte d'accomplissement, d'achèvement, il faut lui donner une vie nouvelle, afin d’aller toujours un peu plus loin. Ce n'est pas parce qu'une tradition est ancienne qu'elle est encore valable aujourd’hui. Ce n'est pas parce qu'une idée est nouvelle qu'elle est meilleure que celle du passé.
Du texte d’aujourd’hui, il faut retenir deux passages importants :
Le premier indique le désir de Jésus «d’accomplir» les promesses de l’Ancien Testament : «Ne croyez pas que je sois venu abolir la loi et les prophètes. Non, je suis venu pour les accomplir». Jésus veut améliorer, compléter, parfaire.
Le second nous invite à surpasser la justice des scribes et des pharisiens. Chacune des antithèses nous pousse à aller plus loin, comme par exemple celle de l’offrande à l’autel : «Lorsque tu apportes ton offrande à l’autel et que tu te souviens que ton frère ou ta soeur a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande, va d’abord te réconcilier avec ton frère ou ta soeur et reviens présenter ton offrande.» L’offrande à l’autel est importante mais plus importante encore est la réconciliation avec ton frère ou ta soeur.
Il s’agit donc d’une morale qui n'abolit pas la Loi et les Prophètes mais qui la rend plus parfaite : «Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux.»
Le Christ nous invite ce matin à améliorer notre façon de faire, en prenant exemple sur notre Père céleste :
Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Source: https://www.cursillos.ca/formation/reflexions-dominicales/annee-A/R-A14-Dim6.htm
Par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.